Il m’avait prêté son appartement pour deux jours. J’arrivai vers dix-neuf heures. Ma journée s’était déroulée dans la tension et l’inquiétude. Je retrouvai le calme aussitôt la porte franchie. Dans la pénombre, l’appartement se dévoilait à moi. Deux arcades ouvraient sur la pièce. Des piles de revues ponctuaient le sol. Les volets intérieurs presque entièrement tirés accentuaient l’intimité dans la lumière de fin de journée. Une chaise disparaissait sous les vêtements noirs. Une odeur enveloppante de parquet ciré et d’épices flottait. Je posai mon sac et tirai un volet. Rien ne rompit le calme et le silence. J’allais dans la chambre. Le lit était accompagné d’objets épars, piles de revues, lampe sur pied, chaise, télé, vêtements déposés. Sur la table de nuit reposaient des livres et une paire de lunettes. Le lit, garni de draps frais en lin ou en fil, semblait moelleux. Je retournai dans le séjour. De l’autre côté, la petite cuisine était encombrée d’ustensiles variés, boîtes de pain azyme, petite vaisselle ayant fini de sécher, codes barres de bouteilles d’eau. Des livres de recettes étaient posés sur le rebord de la fenêtre. J’ouvris le frigo. “Mon cas personnel” était posé sur le rayon supérieur. Deux boîtes de thon et quelques yaourts de soja m’attendaient aussi.


De retour dans le séjour, je m’appuyai au radiateur, devant la première fenêtre. Mon regard balaya l’espace, traversant la pièce jusqu’au sofa. Le grand miroir appuyé au mur et placé très près ne laissait d’autre alternative que de s’y scruter ou de saisir l’espace. De l’autre côté du sofa, un étroit passage menait à la chambre. Deux éléments de hi-fi étaient entourés d’une multitude de disques compacts de musique classique parmi lesquels figurait Barbara. Derrière le fauteuil velouté noir du bureau, la porte ouverte de la salle de bain soutenait des sacs pendus à trois patères, et laissait entrevoir la pièce humide au lavabo encadré de produits de toilette. Un double miroir habillait l’intimité. Devant moi, le fauteuil semblait inviter à s’asseoir au bureau. Quelles étaient donc ces piles de documents, de disques, de revues et quotidiens débordant jusqu’au sol ? Sur le sous-main étaient posés un carnet de timbres et deux paquets de post-it d’un rose intense.



16-09-2004

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